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______ La faim nous prend, on se dit : "Juste une part de quiche." Et c'est l'engrenage, on préfère manger jusqu'à l'écoeurement plutôt que de s'avouer qu'on a savouré cette première part. Tout plaisir est interdit, on n'aime pas manger, on n'aime pas la quiche, on n'aime pas que notre corps nous dise quoi faire, on va lui montrer ce que c'est que de vouloir une part de quiche, on en prend une deuxième, une troisième, une quatrième, ah on avait faim ? Eh bien, on allait avoir ce qu'on voulait ! Une cinquième, une sixième, une septième, rira bien qui rira le dernier... Et puis soudain on a mal au ventre, on a mal au coeur, on a la tête qui tourne, c'est une longue danse douloureuse qui commence. On ne sait plus très bien ce que l'on vient de faire, un vague souvenir d'avoir faim et puis plus rien. On se déteste. Elle est là, l'histoire. L'histoire d'une fille en colère qui se fait vomir pour ça. L'histoire d'une princesse qui s'inflige des mortifications physiques pour correspondre aux critères de royauté qu'elle s'est elle-même imposés, pour correspondre au reflet que les yeux de sa mère lui renvoient lorsqu'elle s'y mire. Et les yeux de sa mère, ce sont les yeux du monde entier. Du vomi pour s'exprimer sans trahir ses rêves, pour ne pas voir qu'elle les trahit. Elle est malade. Alors elle se dit non mais, sérieusement, vous en connaissez, vous des gens qui ne sont pas malades ? Alors elle décide d'aller jusqu'au bout, elle le crie haut et fort : je suis une personne normale et vomir est un mode d'expression comme un autre.
T_h_o_r_n_y_t_o_r_i_n_x___#